J'utilise des objets récupérés pour leur valeur esthétique mais aussi pour le dépôt d'informations qu'ils contiennent. L'important reste de savoir comment des matériaux déjà occupés par une série d'informations sont placés dans la situation de pouvoir être utilisés pour autre chose. Cela pose des problèmes d'appropriation. Il y a continuité d'une occupation où la vie du peintre et la vie tout court s'identifient.

 

J'envisage la couleur comme l'ultime composant de la peinture. C'est grâce à la couleur que naît la volonté de peindre, c'est par elle que cette volonté s'affirme. Mes différents travaux sont constitués de l'agencement de surfaces colorées. Ce qui compte avant tout, c'est le choix des couleurs, leur organisation. Je n'utilise pas les pigments à l'état pur. Mes réalisations fonctionnent, en effet, par enveloppement, par superposition. Les étapes de cette recherche sont renforcées par les techniques employées : collage, déchirure, arrachement, recouvrement… Dès lors, les jeux sensibles entre transparence et opacité émergent peu à peu.

 

Il y a du fragmentaire dans mes productions car l'idée de reste et de vestige perdure. La pratique du fragmentaire renvoie à l'idée de rupture. En effet, je fais intervenir des notions de perte, de manque sur le plan de la totalité du matériau puisque les objets récupérés sont dégagés de leur contexte initial. Le fragment me permet de faire un renvoi à une relation dont nous ne savons pas où est l'autre terme. Grâce au fragment, l'œuvre apparaît comme le résultat de multiples opérations.

Régine Bedin